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MONDIAUX AIDA 2019 : Pierre Frolla, entre exaspération et inquiétude


Pierre Frolla par F. Lloppis

Les Mondiaux AIDA 2019 « outdoor » vont sûrement faire date dans l’histoire de l’apnée en compétition et surtout dans celle d’AIDA international. Durant cette semaine aux nombreux rebondissements, on aura vu:

-des athlètes sous-estimant des conditions de plongée et/ou  sur-estimant leur capacité à « performer »;  ce qui occasionna un nombre aberrant de syncopes

-des champions méprisant l’organisateur de la compétition en l’attaquant publiquement sur les réseaux sociaux

-et surtout des juges internationaux, soutenus par AIDA international,  enfermés dans des positions nocives pour l’avenir de l’apnée.

Pierre Frolla était au coeur de l’événement car il était le chef d’orchestre de l’équipe des apnéistes de sécurité ceux qu’on surnomme aisément les « anges gardiens » des compétiteurs. L’apnéiste monégasque était resté jusque là assez discret. Mais la compétition finie, il nous livre ici son bilan, son ressenti teinté d’exaspération mais aussi son inquiétude quant à l’avenir de l’apnée au sein d’AIDA international.

 

« Maintenant que les championnats du monde Aida 2019 sont terminés et que nous avons fini notre travail, il est temps de clarifier certaines choses.

Au delà de donner mon opinion dans ce texte, je désire mettre en exergue mes sentiments et ma vision personnelle des choses. Une position qui n’ engage que moi. Uniquement moi. Il est clair dès à présent que AIDA international, au travers des diverses décisions prises durant ce grand rendez vous, a voulu délibérément montrer son vrai visage à la communauté Apnee, aux médias, aux pratiquants débutants, ainsi qu’aux parents et aux enfants qui ont eu l’occasion de suivre ces championnats.

Il est désormais clair que AIDA international cautionne totalement le fait :

-qu’un athlète, ayant perdu connaissance à la sortie de sa performance, puisse voir sa performance validée.

-Qu’un athlète ayant subit une ou plusieurs pertes de connaissances durant les entraînements durant la semaine précédent la compétition puisse se présenter sur la ligne de départ

-Qu’un athlète ayant subit une perte de connaissances durant les premières épreuves de la compétition puisse se présenter à nouveau sur la ligne de départ

-Qu’il n y a aucun suivi médical sur le moyen ou le long terme imposé par AIDA international concernant les athlètes concurrents. En d’autre termes, AIDA international n’a pas à l’heure actuelle le moyen, mais surtout et apparemment le désir, de fouiller en profondeur les risques suspectés d’OPI, d’embolie gazeuses, d’accidents de décompression, de maladies de décompression, permettant donc à des athlètes gravement blessés de pouvoir concourir

-Que tant qu’un athlète a les voies aériennes émergées, quelque soit son état de conscience, il est « validable d’un carton blanc » .

AIDA international a donc décidé de monter au monde qu’un athlète, n’étant plus en pleine possession de ses capacités physiques, psychiques, moteurs puisse, si il a fait son protocole de sortie « dans les règles », être validé d’un carton blanc. Sur une compétition, AIDA international est représentée par ses juges. Juges qui appliquent le règlement AIDA international. Seul soutien et quelque fois rempart à cet état de fait, l’intervention de l’équipe de sécurité, « les Apneistes de sécurité ». Car en effet, sous l’eau, les juges n’étant pas présents, ce sont les Apneistes de sécurité qui ont, heureusement, tout pouvoir pour intervenir. Mais de retour en surface, ce sont les juges qui reprennent le pouvoir et qui, seuls, peuvent ordonner l’assistance en criant le fameux « GRAB ».

Sur les derniers championnats qui se sont déroulés à Villefranche, et après la première journée de compétition qui fut une hécatombe en terme d’accidents, l’équipe de sécurité a demandé le droit de pouvoir intervenir en son âme et conscience si elle jugeait que l’intégrité physique de l’athlète était en danger. Ce droit ne lui a pas été donné, mais consenti. « Vous le faites, ok, mais en votre âme et conscience, et si l’athlète porte réclamation vous en assumerez la responsabilité » a-t-on dit à l’équipe de sécurité. Compromis acceptable puisque la vie d’un homme vaut bien plus, à nos yeux, que la validation d’une performance ou la valeur d un protest (50€ rappelons le). Mais cela n’était rien sans découvrir que dans ce cas de figure précis, à savoir lorsque l’apneiste de sécurité de surface estimait devoir intervenir, il pouvait à tout moment être stoppé physiquement par un juge afin que le Sauvetage n’ait finalement pas lieu. Cela est arrivé 2 fois au moins dans mon cas, dans des situations où l’athlète a d’ailleurs du avoir recours à des soins médicaux très importants par la suite. Cela est pénalement condamnable, en France, et s’appelle « une non assistance délibérée à une personne en danger ». Voici donc l’image qui est envoyée par AIDA international aux médias, au public, aux enfants et aux parents de notre époque. Cette image est terrifiante. Elle gomme tout le travail accompli depuis 25 ans en terme de « Développement de l’apnée ».

 

Photo de couverture : Frédéric Llopis – 2019

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