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MONDIAUX AIDA / POLÉMIQUES : l’avis d’un juge international AIDA


Crédit Okeanos Viae (2014)

Les derniers championnats du monde AIDA en mer ont donné lieu à de nombreuses polémiques dont la validation de la performance de Hanako Hirose après un malaise peu après son protocole réussi. Ce qui par ailleurs avait nécessité un intervention des apnéistes de sécurité. De nombreux lecteurs de France Apnée avaient souligné, par différents commentaires, la mauvaise image de l’apnée que cela a pu véhiculer. Pierre Frolla s’en était également ému et, la compétition finie, le champion monégasque s’était largement exprimé à ce sujet notamment par l’intermédiaire de France Apnée. Pierre avait largement mis en cause AIDA international qui, rappelons-le, est indépendante de l’organisateur des mondiaux (à savoir l’équipe constituée autour de Claude Chapuis).

Par soucis d’équité, et par honnêteté intellectuelle, France Apnée a souhaité demander à un juge international AIDA de nous donner son point de vue d’expert sur ces polémiques du mondial de Villefranche-sur-Mer. Nous avons souhaité être éclairé notamment sur le règlement en vigueur au sein AIDA international. Pour ce faire nous avons contacté Grégory Piazzola qui est juge international depuis 2008. Voici son analyse et sa réaction notamment par rapport à la prise de position de Pierre Frolla :

« Dimanche 8 septembre 2019 débutaient les épreuves officielles du Championnat du Monde d’apnée en profondeur AIDA 2019 dans la rade de Villefranche-sur-Mer et dès le début de cette première épreuve arrivaient les premières polémiques. Pour la première fois en France on pouvait voir l’intégralité des épreuves d’un Championnat du Monde AIDA grâce au retransmission en direct sur une chaîne Youtube. Permettant aussi à chacun de voir tout ce qui était fait.

Les épreuves terminées, chacun est reparti dans son pays, Claude [Chapuis] quant à lui a toujours la tête dans le guidon car pour l’organisateur ça n’est pas encore fini. Pour d’autres l’heure est aux règlements de compte et se lâchent, et notamment Pierre Frolla. C’est son coup de gueule qui m’a poussé à réagir.

Pierre fustige l’organisation AIDA International qui de part ses règles mettrait en danger nos enfants, nos amis, nos collègues en étant trop permissive, en laissant des athlètes juger seuls de leurs blessures sans aucun contrôle et ensuite mener à l’accident.

J’ai vu la compétition à distance comme beaucoup, et avec le regard du juge, je souhaite répondre à chacun des points qu’il a mis en avant car il faut lui apporter des réponses.

  • Un athlète ayant perdu connaissance à la sortie de sa performance peut-il voir sa performance validée ?

Non, le règlement est clair, chap. 4.1.9.1 mais y a-t-il eu perte de connaissance pour Hanako [Hirose], l’hôpital semble avoir décrit une crise de tétanie et la difficulté des sécu à lui faire lâcher la corde va en ce sens. Alors comment faire ? Pour mémoire, il y a eu de longs débats sur les risques de nos pratiques… et que le risque lié à un athlète masquant des blessures est bien plus grand que lorsqu’on ne le disqualifie pas et qu’il subit par la suite des soins. Il est alors suspendu et ne peut poursuivre sans avis médical mais ne perd pas le résultat déjà réalisé. Par contre je ne comprends pas comment les juges ont pu valider cette performance après visionnage en Jury car ils ne peuvent peut-être pas la disqualifier pour syncope, une prise en charge/support est disqualificatif.

  • Un athlète ayant subi une ou plusieurs pertes de connaissances durant les entraînements peut-il se présenter à la compétition ?

Non, le règlement est clair, chap. 4.1.19 et 5.2.3.2 et c’est aux safety d’alerter l’organisateur et l’équipe médicale pour décider s’il peut ou non prendre part à la compétition. Chap 5.2.4.9 en cas de récidive il doit même obtenir l’autorisation de l’AIDA Int. pour reprendre la compétition…

Il incombe aux savety d’assurer cette surveillance et à en informer l’organisation.

  • Un athlète ayant subi une perte de connaissance durant les premières épreuves peut-il continuer à prendre part à la compétition ?

Non, pour les mêmes raisons que celles évoquées précédemment !

  • QUID du suivi médical et des risques liés à la plongée (OPI, ADD…) ?

Depuis 2015, chaque incident, BO, etc doit faire l’objet d’un rapport à AIDA International, dernière version du formulaire de déclaration du 2017-12-26.

AIDA International rappelle que l’organisateur est responsable de la mise en place de la sécurité et de l’information/formation de l’équipe médicale aux risques spécifiques à nos pratiques… pages 24 à 30 du règlement, 7 pages à lire attentivement.

  • Tant que les voies aériennes sont émergées, quel que soit l’état de conscience ce sera un blanc ?

Non, en cas de perte de connaissance c’est la disqualification, l’ancien délais de 60s qui aurait permis éventuellement à un athlète de perdre connaissance après n’existe plus, si l’athlète perd connaissance même 2min après, il est disqualifié. Et si le juge se trompe et ne voit pas la perte de connaissance, n’importe quel athlète ou capitaine peut contester la décision rendue.

  • De retour en surface ce sont les juges qui décident quand intervenir sur un athlète ?

Oui, en surface c’est le juge qui décide, pour être juge sur un Championnat du Monde il faut avoir déjà jugé des centaines de perf. Ils ont aussi été « entraînés » à avoir un jugement constant afin qu’il y ait toujours la même réponse à un même comportement d’un compétiteur. Et en cas d’erreur, leur décision est contestable.

Je dirai aussi qu’à 1m de distance le juge a souvent plus de recul pour voir ce qui se passe et comme il est un peu en hauteur, il voit aussi ce qui se passe sous l’eau

La règle ne disqualifie plus un compétiteur sur qui un apnéiste de sécurité interviendrait à tort, les mentalités et comportements doivent donc évoluer. Car s’il peut vous donner l’ordre d’intervenir via le GRAB en question, non un juge ne peut pas vous interdire d’intervenir.

  • Concernant les 2 cas où l’athlète a eu recourt à des soins importants alors que le juge interdisait à l’apnéiste de sécu d’intervenir… ont-il eu lieu sur cette compétition ?

    Sur le flux vidéo je n’ai rien constaté de tel. Mais comme dit précédemment le règlement a évolué, pas les comportements.

Pierre [Frolla], s’est lancé dans cet évènement avec cœur et conviction et je regrette que la grande majorité des points qu’il avance soient le témoin de l’ignorance de règles déjà en place. Je sais qu’il ne pratique plus en compétition depuis longtemps mais il y a eu des accidents et les règles ont évoluées il y a déjà quelques années. Les règles utilisées pour la gestions des syncopes et le suivi des athlètes au cours de cette évènement semblent obsolètes… AIDA France dans sa pratique (j’officie encore annuellement sur la compétition du GGB) applique pourtant bien les dernières recommandations.

Organisateurs de cette compétition internationale, vous auriez dû mettre à jour vos connaissances avant de vous lancer car pour moi c’est bien vous qui n’avez pas suivi le cahier des charge en terme de sécurité. Et dans ce cas c’est vous qui avez mis en danger les athlètes en leur permettant de replonger après une syncope, c’est vous qui deviez en informer l’organisation et le staff médical qui à son tour devait autoriser ou non l’athlète à poursuivre et c’est vous qui deviez informer AIDA International des accidents et de leur gravité afin qu’ils puissent assurer le suivi des athlètes et informer les organisateurs d’une interdiction car sans vos rapports d’incidents ils ne peuvent rien.   »

Crédit Frédéric llopis photographie (2019)Grégory Piazzola – Juge AIDA International

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